Romans

La terre qui penche

A14992

Titre : La terre qui penche

Auteur : Carole Martinez

La quatrième de couverture :

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?

Mon avis :

Cela fait longtemps que j’entends parler de Carole Martinez et de son talent, mais jusque-là je n’avais pas eu l’occasion de découvrir son univers littéraire. C’est chose faite avec son dernier titre : La terre qui penche.

Au premier abord, j’ai été surprise par le phrasé de l’auteur. On m’avait laissé entendre que son écriture était très poétique et je m’en étais donc fait une idée très différente. Pour ma part, je préfère dire qu’elle crée des univers poétiques plutôt que d’avancer que c’est son écriture qui l’est. Cela mis à part, le choix d’un langage aussi cru et direct dans ce récit est très adapté à l’ambiance violente et rend bien la brutalité des personnages. Le lecteur est d’entrée de jeu dérouté par la vision du monde de l’héroïne, par l’agressivité de son langage et de ses pensées ; contraste accentué par la vision du fantôme à la fois pleine de tendresse et d’indifférence comme si les émotions avaient désormais plus de mal à l’atteindre. Finalement, j’ai trouvé ce choix très percutant parce qu’il accentue la vivacité de l’héroïne et la cruauté de l’époque à laquelle elle vit.

Malgré tout, Blanche n’a rien d’une écervelée ou d’une enfant soumise. Son caractère est complexe et pluriel comme celui de toutes les enfants qui s’apprêtent à devenir jeune fille. Ce passage crucial et difficile, Blanche se voit obligée de le vivre loin des siens dans un lieu inconnu. Mais rapidement, la jeune fille va réaliser que ce qu’elle prend pour une punition est en fait l’opportunité de sa vie. Chez elle, sans cesse rabrouée et battue, elle n’a jamais pu obtenir la moindre indépendance, ni le droit d’accéder à un semblant d’éducation, car pour son père, veuf, elle n’est qu’un objet, une machine à faire des enfants et à soulager les hommes, comme toutes les autres femmes. Dans cet univers cruel dont son père pose les bornes, elle pensait finir par mourir à petit feu. Finalement, c’est son bourreau qui lui offre la liberté tant désirée en la conduisant chez son futur époux d’à peine deux ans son aîné.

Tout au long de son histoire, Blanche affronte les périples de la vie avec son imagination. Elle vainc ses peurs en les transformant et en leur attribuant un autre rôle dans son histoire. Ainsi, elle donne le nom de celui qui a failli la violer et qui la terrorisé toute une nuit à son fidèle destrier transformant le bourreau en protecteur loyal, puis quand elle perd ce dernier dans de tragiques circonstances, elle lui attribue un autre nom, un nom qui permet à l’animal tant chéri de rester auprès d’elle pour toujours où qu’elle pose le regard. Enfant privée de figure maternelle et qu’on voue au malin quoiqu’elle dise et quoiqu’elle fasse, elle s’invente une mère dans l’esprit de la Loue, cette rivière qu’on dit habitée d’un esprit, une déesse païenne. Une explication toute trouvée à son ascendance démoniaque aux yeux de son père et à l’absence de celle qui aurait dû la chérir.

Si le récit s’est parfois révélé un peu lent dans les descriptions, j’ai trouvé cette quête initiatique très belle et bien construite. Au fur et à mesure que l’héroïne grandit, le voile d’enfance déposé sur l’histoire se lève. Blanche, devenant femme, abandonne les mirages de l’enfance pour accepter de regarder la vie telle qu’elle est, même si cela est douloureux. Elle devient suffisamment forte et indépendante pour accepter l’inéluctable : la mort, la maladie, la vieillesse, mais aussi l’amour, la passion et ses dérives. Ce faisant, elle prend progressivement le pas sur le fantôme, cet être ambigu qui l’accompagne tout au long du roman.

Ce fut donc une charmante lecture qui m’a donné envie de découvrir les autres titres de Carole Martinez que les critiques que j’ai lues placent au-dessus de celui-ci.

Note : 3.5/5

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