Nouvelles·Rendez-vous

Mardi sur son 31 #1

Mardi sur son 31

Voici un nouveau rendez-vous que j’ai découvert il y a quelque temps déjà. J’en trouvais l’idée très intéressante pour un blog littéraire et je me suis empressé de lui faire une bannière pour l’oublier dans un coin. Mea culpa. Un peu de tri dans mes fichiers m’a permis de lui faire revoir la lumière du blog.

Le principe de mardi sur son 31 est simple. Tous les mardis, il suffit d’ouvrir sa lecture en cours à la page 31 et de choisir une citation à partager avec la blogosphère. Il peut y avoir des tas de raisons à ce choix. Le tout c’est de parler un peu de sa lecture du moment et d’en donner ses premières impressions.

Cette semaine, j’ai choisi un recueil de nouvelles de Stefan Zweig. Il est sur ma table de chevet depuis quelque temps. J’en lis les nouvelles au compte goutte, car je n’aime pas lire plusieurs histoires d’affilée dans une même soirée. Pour l’instant, j’ai lu 6 des 15 nouvelles de cette édition.

La nouvelle qui se trouve page 31 est La Gouvernante. Je vais un peu tricher, car ce n’est plus une lecture en cours, mais une lecture terminée. Je ne l’ai pas chroniqué parce que je ne pensais pas avoir assez de matière pour un avis constructif ou du moins développé, la nouvelle ne faisant qu’une vingtaine de pages. J’avais aussi surtout peur de faire un redit de mes précédentes critiques de Stefan Zweig. Cependant, c’est une très belle nouvelle qui mérite qu’on se penche un peu dessus.

L’autre souci auquel j’ai dû faire face est que la page en question est la préface de Tatiana de Rosnay. Qu’à cela ne tienne, j’ai trouvé une citation qui illustre parfaitement le propos de l’histoire :

Mais quel rapport Otto a-t-il exactement avec Mademoiselle? Et si elle est amoureuse de lui, alors pourquoi semble-t-elle si affectée ? L’amour n’est-il pas censé rendre les gens heureux, joyeux ?

Cette réflexion c’est celle de deux petites filles qui voient leur jeune gouvernante : Mademoiselle, dépérir chaque jour un peu plus. Elles ne comprennent pas très bien ce qu’elle a, ni pourquoi leur mère se montre si froide et rigide avec elle depuis quelque temps. Pleine de bonne foi, elles s’interrogent et se mettent à observer les adultes avec plus d’intérêt allant même jusqu’à les épier et à écouter aux portes. Cela va leur permettre de comprendre que leur cousin Otto ne serait pas étranger au malheur de leur chère Mademoiselle. Mais pourquoi ? Leur esprit enfantin ne fait pas le lien que le nôtre a fait depuis longtemps.

En une vingtaine de pages, Stefan Zweig trace le destin tragique d’une jeune femme dont on ne sait rien hormis ce que les deux fillettes en disent. Mais alors que notre gorge se noue devant l’évidence, pendant que le lecteur comprend que cette histoire ne peut pas bien se terminer, les deux enfants, elles, grandissent. Sous leurs yeux pleins d’innocence se dessine doucement la cruauté des adultes, leurs mensonges et leurs faux semblants. Jusqu’à la terrible fin, où sans avoir complètement saisi tous les fils de l’intrigue qui s’est jouée sous leurs yeux, les deux fillettes ont compris que ce ne sont pas toujours les méchants qui sont punis.

Sur leurs visages poupins, l’éclat de l’enfance a disparu pour laisser place à un regard d’adulte qui fixe, accusateur, les protagonistes qui leur ont arraché leur enfance.

Cette nouvelle m’a réellement émue, car elle ne se concentre pas tant sur le sort de la gouvernante, mais sur la perte de l’innocence de l’enfance. Sur ce moment cruel où tous nos rêves et toutes ces histoires que l’on croyait vraies s’évanouissent d’un seul coup, nous laissant comme frappé d’épouvante face à la triste réalité : ces adultes qu’on prenait pour des piliers de béton et d’acier, ne sont en fait pas plus solides que les brindilles d’herbes que l’on foule au pied.

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